Pour cette première collection, nous avons choisi d'aborder les violences exercées dans le monde salarié. Pourquoi une telle direction, nous direz-vous ? Réponse en quelques mots avant de lever le voile sur nos vêtements.
En tant qu'entreprise naissante, une infinité de questions nous apparaissent naturellement, mais la question principale à laquelle nous souhaitions répondre, fut celle du commentaire être. Béziel qui es-tu ? Sous quel caractère te dépeinds-tu ? Quels motifs et agitations poussent Beziel à agir et à exister sous tel jour plutôt qu'un autre ? Par ce « être », nous voulons parler de notre volonté de faire qui nous situerait au-delà du simple paraître et nous ferions agir et nous représenterions au mieux, seulement pendant le bref temps d'une saison.
Beziel ne s'identifie pas à mille et un volets, mais à quelques-uns, suffisamment bien triés et amenés.
Beziel prend la vie parce que certains ont opté pour son port. Elle est elle-même une substance mouvante qui finit par être figée et réalisée par la réaction produite avec ceux qu'elle habille. Tout à la fois, vivant et sensible, l'un des premiers sujets qu'elle a souhaité traiter, et qui l'a longtemps taraudée dans son propre positionnement fut l'aspect de la sainteté au travail.
C'est cette constante qui vient irriguer et fait battre le cœur de Beziel. Cette élection s'est imposée le plus naturellement et authentiquement qui soit. En effet, Beziel ne claironne pas. Elle affirme, déclare, exprime.
Beziel part à la rencontre des réalités et vient les exprimer. Dans le cas des violences exercées au travail, thématique de cette première collection, Beziel prend à cœur de ne rien prétexter et de ne rien diluer.
L'audace de ce mal contemporain est grande et c'est là-dessus qu'a souhaité communiquer la marque. Il est si grand, que forcément il ressemble, au moins, au récit d'un membre de votre entourage. Beziel a voulu tonitruer à son propos et faire éclater la puissance de certains récits en vue d'obtenir la résonance méritée.
Ce que nous ne voulons plus accepter, laisser faire ou voir s'étouffer en silence, nous l'avons matérialisé en un témoignage vestimentaire. Car ce sujet frappe trop, fait de nouvelles cibles, malheureusement, honteusement. Certains témoignages, entendus dans notre entourage ou rapportés, intimes et marquants, ont été un véritable point de départ et ont nourri à la fois notre réflexion et notre discours créatif. Des récits découverts et partagés sur les réseaux sociaux ont renforcé cette nécessité d'en parler, de mettre en lumière ce que beaucoup subissent encore en silence. Trop de personnes n'osent pas nommer ces violences, alors qu'il est essentiel d'agir à l'instar de notre héroïne Tiphaine.
La souffrance au travail devrait mieux se tenir et ignorer les innocents qu'elle cible en abondance. De formes psychologiques ou physiques, ces violences multiples nous amènent à notre souhait le plus sincère : revenir à la raison.
À travers nos vêtements, nous dénonçons ces réalités, nous alertons, nous prévenons et accompagnons celles et ceux qui ne réalisent pas encore qu'ils vivent une situation de violences et de tourments.
Dans un monde où le rapport au travail évolue, porté par une jeunesse qui défend plus de liberté et prétend à de nouvelles aspirations dans l'enceinte salariale : plus de respect, plus de considération. Ça n'est pas tant une recherche de superlatifs chimériques, mais bien la dénonciation de problèmes factuels et la volonté sincère d'y apporter des réponses, allant à l'encontre d'événements qui dépassent largement le cadre individuel et qui ont lieu exactement au moment même où nous en parlons. Pour s'inscrire pleinement et rapidement dans le présent, afin de venir interroger notre vision collective et d'apporter un remède pour le futur. Ce propose se traiter en vraie volonté : celle d'être justes les uns envers les autres.
La mode, en tant que forme d'art et moyen d'expression de l'identité, est pour nous un langage évident pour aborder ces questions. Elle permet de montrer qui l'on est, ce que l'on refuse, et ce que l'on souhaite défendre. Pour créer cette collection, nous nous sommes inspirés des mots et des émotions issues de témoignages, d'expériences vécues et d'observations. Ces impressions nous ont naturellement guidées vers des références artistiques portant la même intensité : la rigueur du Bauhaus, et la puissance dramatique des œuvres de Francis Bacon. Ce dialogue entre émotion et structure, entre tension et forme, nourrit chaque silhouette et chaque détail. De cette démarche est née une histoire : celle de Tiphaine, une femme forte, confrontée au caractère dur et oppressant de son supérieur, Stefan. Ce récit nous a permis d'incarner notre proposition, de donner vie aux vêtements, et de raconter ce que tant de personnes endurent encore au quotidien.
Cette collection est le fruit d'une rencontre entre forme, récit et ressenti et à su par l'outil du vêtement créer un espace de communication où s'unissent des témoignages et des voies de résistance.
Cette collection est le fruit d'une rencontre entre forme, récit et ressenti et à su par l'outil du vêtement créer un espace de communication où s'unissent des témoignages et des voies de résistance.
Texte écrit par Emma Vittecoq